
Les horizons de la mondialisation et des incursions in situ balisent ce regard critique sur l'art actuel au Québec en 2002. Si la perspective élargie de la géopolitique artistique est devenue incontournable, la proximité réhabilite les fondamentales échelles humaines et locales de tout cet art en contexte réel.
Les Sommets économico-politiques de Kananaskis, de Johannesbourg et les palabres pour la ratification des accords de Kyoto sur l'environnement ont été quelque peu éclipsés par la mise en route de la machine de guerre yankee contre l'Irak et le terrorisme diffus, et par les horreurs au quotidien du conflit israélo-palestinien. Ils définissent cependant de façon macro sociétale tous les enjeux vécus, réfléchis ou imaginés de survie. De plus, derrière les volets économiques et militaires de l'actuelle vague de mondialisation très médiatisée, se profile l'expansion d'un modèle unidimensionnel de culture de masse et une velléité de faire de l'art un marché ouvert sans tenir compte des différences (ethnies, régions, minorités, etc.). L'émergence de « zones » d'alternative politique en art n'y est pas étrangère. Ajoutons-y les avancées scientifiques (et commerciales) du clonage humain et autres manipulations biogénétiques des cellules, fruits, légumes et autres organismes vivants. Un lot de questionnements éthiques relativisent les paramètres de la normalité et du naturel. L'obsolescence du corps, et par là nos repères identitaires, définirait aussi une autre tendance à laquelle s'intéressent bien des protagonistes de l'art action.(1)
Dans la plupart des régions, de Hull à Carleton en passant par Montréal, Sorel, la Beauce, Lévis, la Côte du Sud, Saint-Jean-Port-Joli et Métis, de Val David à Alma en bifurquant par Joliette, Shawinigan, Québec, Baie Saint-Paul et Jonquière, plus de trente « zones événementielles » (symposium, événements, festivals, résidences) ont mis en branle des thématiques interrogatrices, des œuvres énigmatiques et autres conduites/situations déroutantes (Voir tableau).
Une dualité « art engagé/art dégagé » a actualisé « localement » des facettes de cette conscientisation dex enjeux planétaires de l'éco-système, investie de manière critique l'espace urbain habité (avec comme corollaire les exclus, les sans-abris, les squatteurs et autres marginaux dans la cité), ainsi qu'accélérer « l'indiscipline » comme art immédiat questionnant l'identité (art action, art in situ, et créations multimédias). Trois parties tendances les recoupent :
- La première met le cap vers ces conduites/situations explicitement comme art engagé. Des stratégies nouveaux genres, des nouveaux acteurs hors des réseaux organisés rejoignent ceux qui s'y font solidaires des luttes sociales locales, notamment quant à l'avenir de l'écosystème et la survivance humaine des communautés périphériques.
- La deuxième vogue parmi d'autres « zones événementielles » d'art non explicitement engagées. Indépendamment des contraintes et /ou thématiques de création, voilà de l'art dégagé au sens où s'y rencontrent des œuvres inventives, innovatrices, déroutantes de par leur virtuosité (poétique, technologique, formelle) et/ou leur esthétique « engageante ».
- La troisième isole dans ce contexte généralisé d'art immédiat, le fort courant d'art action dont le « souffle hybride d'expérimentation », entre relations à échelle humaine et interactivité multimédias, a pris de l'ampleur en 2002. La conclusion rend hommage à ce géant que fut Jean-Paul Riopelle. « Passant l'arme à gauche » il aura néanmoins marqué l'année 2002 de son empreinte unique, c'est-à-dire iconoclaste, rejoignant en cela la dialectique de l'art social en cours.
Hull : |
House/boat, Occupations symbiotiques |
(Axe Néo-7) |
Montréal : |
Mémoire vive |
(Dare-Dare) |
Granby : |
Instants Ruraux |
(Troisième Impérial) |
La Beauce : |
Les Artistes-Installateurs |
(Coll. Artistes-Installateurs) |
Sorel : |
Éphémérides |
(CEG) |
Val David : |
Espace et Densité |
(Fondation Derouin) |
Joliette : |
Champignon convertible |
(Ateliers Convertibles) |
Shawinigan : |
5' Festival de Théâtre de rue |
(FTRS) |
Lévis : |
Sémaphores |
(Regart) |
Côte du Sud : |
Eh bien dansez maintenant |
(Folie/Culture) |
Métis : |
L'Internationale des jardins |
(Jardins de Métis) |
Carleton : |
H20 maTerre |
(Vaste et Vague) |
Baie Saint-Paul : |
20' Symposium d'art contemporain |
(Centre d'art Baie Saint-Paul) |
Chicoutimi : |
Les Mille mémoires à venir |
(Séquence) |
Jonquière : |
Artbord Circulations |
(Coté Cour) |
Alma : |
Ensemencement d'idées |
(Interaction Qui/La Corvée) |
Québec : |
Abribec |
(Cagibi Inernational) |
la seule Biennale au Canada, la Biennale de Montréal se repliera thématiquement vers l'individu " jovialiste " tandis que les zones événementielles des réseaux s'activeront explicitement comme art engagé. À Paris (France) pour son expo le musée qui n'existait pas; Daniel Buren s'est approprié tout le Centre Georges Pompidou (24000 mètres carrés) et la transformation radicale du parking jusqu'à la terras son fameux dispositif de bandes, il a modifié toutes les salles pour une déambulation aléatoire parmi quelques 60 " zones " in situ. au Palais de Tokyo, le tout nouveau musée parisien dirigé par le théoricien de l'esthétique relationnelle Nicolas Bourriaud, il y a eu l'entrée controversée de 19 collectifs de rue au Festival Art et Squats : Le Palais de Tokyo récupère les squats, les squats récupèrent le Palais de Tokyo " ? . À l'inverse ici, les artistes pratiquent l'art transactionnel, relationnel et interactif dehors plutôt que dans les institutions, là où la vie s'agite, prenant en compte in situ les questions sans-abris, de logis et de surivance. À Munich (Allemagne) la confection spéciale d'une nouvelle robe de viande (Vanitas : Robe de viande pour albinos anorexique, l'œuvre-performance choc (1987) par l'artiste canadienne Jana Sterback pour sa première exposition rétrospective I Can Hear You Think au musée Haus Der Kunst a fait impact. Au Québec, elle présentera Penser tout haut, une exposition de ses dessins à Saint-Jean-Port-Joli pendant que Le Musée d'art contemporain de Montréal qui la parraine pour participer à la prochaine Biennale de Venise, a décommandé son exposition à Montréal! À Londres (Angleterre), la performance de Dissection d'un cadavre (un homme de 72 ans) et de circulation sur des plateaux des organes (le cœur, les poumons, le foie, la rate, les reins et le cerveau) parmi l'audience de quelque 500 personnes médias, dans une galerie d'art de Londres. Sous une grande réplique de la toile la leçon d'anatomie de Rembrandt l'artiste anatomiste allemand Gunther von Haggens, portant un chapeau à la Joseph Beuys a procédé à l'autopsie publique malgré une interdiction légale. Au pays, un fort vent d'art action a dynamisé les événements et colloques avec comme pôle les villes de Québec, Montréal et plus à l'ouest, Vancouver.
Site d'Inter, art actuel (numéro 84)