
Ces dernières années, l'art amérindien contemporain voit salutairement se complexifier la perception d'ensemble qui s'en dégage. Les œuvres abordées par ces nouveaux Chasseurs/Chamans/Guerriers de l'art relient symboliquement les Premiers Peuples d'Ouest en Est, du Nord au Sud.
On peut ainsi survoler à vue d'aigle les territoires des Kwakwaka'wakw, Nisga'a et Gitksan de la Côte Nord-Ouest du Pacifique jusqu'à ceux des Mik'maks et Malécites de la Côte Nord-Est de l'Atlantique en passant par les territoires des Siksikas, Cris et Métis des Prairies pour rejoindre l'imaginaire des Algonquiens (Ojibwe, Abitibiwinis, Innus, Cris, Naskapis, Waban Aki MikMa'k, Malécites, Attikamekw) et Iroquoiens (Hurons-Wendat, Mohawks) des terres de boisés à l'Est des Grands Lacs. Même que du Nunavut et du Nunavik des signes d'émancipation sont perceptibles. S'y ajoutent des échos de l'actuelle mouvance d'internationalisation outre frontières, notamment l'axe Nord/Sud, liant les Aborigènes des trois Amériques.
Prenant prétexte de manifestations artistiques autochtones ayant eu lieu au Québec en 2001, ce dossier propose une traversée originale de la territorialité imaginaire amérindienne, du Pacifique à l'Atlantique, en cinq aires :
a) Le " souffle " des grands Totems de la Côte du Nord-Ouest de l'océan Pacifique sur l'exposition Colour Zone de Lawrence Paul Yuxweluptun à Montréal ;
b) Sur la piste des " ruses " et des déplacements vers l'Est de " Coyote " (Resign/nation, Edward Poitras) qui colporte l'art dénonciateur des artistes autochtones des Prairies : dénonciation du racisme policier (ex. : Indian Factory de Rebecca Belmore), déconstruction du colonialisme visuel ( ex. : The Shamanic Experience Jane Ash Poitras), mais aussi remises en question identitaires;
c) L'incontournable rôle du Woodland Cultural Centre de la Réserve des Six Nations (Mohawk) avec comme exemple l'exposition rétrospective It takes Time de l'artiste Ojibwe Ron Noganosh;
d) Les tourbillons métissés de l'existence des artistes amérindiens au Québec qui trouvent des complicités dans l'art en réseau plus que dans les grandes institutions. Là se manifeste une alternative complice aux grands événements de la culture du spectacle, qui projettent une image folklorique et récréo-touristique des " Indiens ". En dissidence avec les stéréotypes véhiculés lors de la Grande Paix de Montréal 1701-2001, cette section explore plus en détail la nature écologique et spirituelle des rapports Art/Nature (ex. : Parc Sacré, Mastheuiatsh et l'interdisciplinarité engagée amérindienne (Le Retour de l'Ours/Tortue);
e) La brise d'art venue du Grand Nord inuit du Nunavut et du Nunavik sert de conclusion. Sortant des sentiers battus pour aborder les mutations des modes de vie des nouvelles générations, la sensiblité dont font preuve les femmes artistes inuit ainsi que les leçons du film Atanarjuat, l'homme rapide, sont analysées. Elles s'appliquent aussi à l'avenir de l'art amérindien. Des défis, doutes et espoirs pour un art amérindien inscrit dans ce XXIe siècle, y sont discutés.
Détails : Amérindie, numéro 45, Printemps / Été 2002, Revue Esse.